Saints de glace
Créé par martine34 le 17 mai 2010 | Dans :
Les Saints de glace par Xavier Fauran
A quel Saint se vouer ?
Avec le printemps et l’arrivée des beaux jours, une envie furieuse de semer et planter atteint tous les jardiniers avides de ressortir pelles, bêches et râteaux après un hiver long et rigoureux. Qui n’a pas rêvé de récolter et déguster ses légumes précoces avant de les voir sur les étals des marchés. Hélas, quelques malheureux téméraires ont fait la triste expérience de voir ses petits plants grillés par un coup de gel tardif ! Car ce joli mois de mai peut se révéler traître en gelées nocturnes. Le gel tardif au printemps est désastreux pour les plantes en germination et les arbres fruitiers en fleurs.
Nos ancêtres jardiniers n’avaient ni prévisions météo, ni revues de jardinage, ni sites internet pour dire que faire et à quel moment. Alors, il fallait utiliser des indicateurs plus ou moins fiables comme la couleur du ciel au couchant, la position de la grenouille dans le bocal…sans oublier la panoplie des dictons et proverbes agri météorologiques.L’origine des saints de glace remonte bien avant le christianisme. La religion a peu à peu remplacé certaines traditions, comme la fête des Morts qui est devenue la Toussaint, et les risques de gel du mois de Mai par les saints de glace. Ironiquement, ils étaient censés protéger les cultures durant ces jours critiques. Mais vu l’inefficacité de leur patronage, ils sont alors devenus responsables des gelées, qu’ils incarnent dorénavant.
Les saints de glace correspondent donc aux périodes printanières sujettes à une descente des températures en dessous de zéro, en fin de nuit. Comme la végétation a souvent déjà démarré, les cultures et les arbres fruitiers en fleurs sont sensibles au gel. Ce phénomène est scientifiquement vérifié par l’observation de la nature et si ce ne sont pas précisément ces jours de saint de glace, c’est effectivement cette période qui est la plus concernée par le retour du froid. Mais qui sont donc ces fameux saints de glace ? Saints Mamert, Pancrace et Servais sont les saints de glace les plus connus et sévissent les 11, 12 et 13 mai. Ces noms ne figurent plus sur nos calendriers depuis les années 1960. L’Eglise catholique les a remplacés par Estelle, Achille et Rolande, ayant jugé que tous ces saints évoquaient des pratiques païennes, donc « pas catholiques » comme on dit chez nous, à Montpellier. v Saint Mamert : fêté le 11 mai, remplacé par Sainte Estelle. Archevêque de Vienne en Gaule, réputé pour sa culture littéraire et sa science théologique, mort en 474, a institué les Rogations, qui signifient prières de demande liturgique. Il ordonna 3 jours de prières contre les calamités, juste avant l’Ascension. « Attention, le premier des saints de glace, souvent tu en gardes la trace. » v Saint Pancrace : fêté le 12 mai, remplacé par Saint Achille. Neveu de Saint-Denis martyr, mort en 304 à l’âge de 14 ans. C’est le patron des enfants. « Saints Pancrace, Servais et Boniface apportent souvent la glace. » v Saint Servais : fêté le 13 mai, remplacé par Sainte Rolande. Servais, évêque de Tongres en Belgique (mort en 384), aurait subi le martyre à Milan avec son frère Portaux. Il fut le premier à disparaître du calendrier, remplacé en 1811 par Saint Onésime et aujourd’hui par sainte Rolande. (Saint Gervais est souvent cité en lieu et place de Saint Servais). «Avant Saint-Servais: point d’été, après Saint-Servais: plus de gelée.»
«Quand il pleut à la Saint-Servais, pour le blé, signe mauvais.» Aux trois premiers saints, certains rajoutent également Saint Boniface (14 mai) et dans certaines régions on rajoute même Saint Urbain le 25 mai. «Quand la Saint-Urbain est passée, le vigneron est rassuré.»
«Mamert, Pancrace, Servais sont les trois saints de glace, mais Saint-Urbain les tient tous dans sa main.» Aux côtés des saints de glace, on peut également évoquer d’autres indicateurs plus ou moins oubliés qui ont un rapport avec les risques de gelées tardives : v La Lune Rousse Elle désigne la lunaison de fin avril ; cette année du 14 avril au 13 mai. Pas la peine de rechercher une coloration de la lune, ce terme met en garde le jardinier imprudent contre le risque de voir « roussir », à cause d’un coup de gel, les petits plants non protégés. v Les Cavaliers Ils désignent les jours où le risque de gel est important :
- Georges le 23 avril
- Marc le 25 avril
- Eutrope le 30 avril
- Sainte Croix le 3 mai
- Jean le 6 mai
Cet élément climatologique qu’est le gel, particulièrement désastreux pour les plantations qui pourraient se trouver alors en début de germination, incite les jardiniers à laisser passer l’évènement avant de planter, repiquer, semer, mettre en terre en toute quiétude. Aujourd’hui, même si notre planète subit un réchauffement climatique, le phénomène reste toujours valable. Il faut cependant décaler la tradition, selon les régions d’une semaine à dix jours. Ainsi, les saints de glace surviennent désormais parfois plus tôt.
Xavier Fauran







